mercredi 10 février 2016

L'Elixkir IPA, quand la mode a du bon...

Je ne présente plus la brasserie dijonnaise Elixkir, mais je peux continuer à présenter certaines de ses bières. Cette fois-ci, comme le titre l'indique, c'est l'IPA qui y passe.

Le style IPA est l'un des styles de bière les plus en vogue du moment, et très nombreux sont les artisans-brasseurs - et brasseurs industriels aussi - qui s'y essaient. C'est au 18e siècle, en Angleterre, que serait né ce style de bière. Ces bières, qu'on n'appelait pas encore IPA à l'époque - le terme n'est apparu que dans les années 1830 - étaient destinées aux colons anglais basés en Inde. Il leur était impossible, en l'absence de toute technologie de réfrigération, de brasser de la bière dans ces contrées chaudes. Il leur fallait donc faire venir la bière d'Angleterre. Mais bien souvent, ces bières supportaient  mal la longueur du voyage en bateau, et arrivaient presque imbuvables. Parmi toutes les bières qui leur étaient expédiées depuis l'Angleterre, celles qui leur arrivaient dans le meilleur état et les plus propres à la consommation étaient les bières qui avaient été massivement houblonnées et dont le taux d'alcool était plus élevé. Il paraît même qu'elles se bonifiaient pendant le voyage. Le succès de ces pale ales brassées pour l'Inde ne fit que s'accroître durant la première moitié du 19e siècle. A partir des années 1830, ce style de bière fut aussi brassé pour le marché intérieur anglais, sous la désignation "Pale ale brassée expressément pour le marché indien", ou India Pale Ale, à destination des colons revenus en Angleterre et désireux de retrouver ce type de bière qu'ils avaient apprécié en Inde. Mais ils ne furent pas les seuls à aimer ce style, qui devint pour les décennies suivantes le style de bière le plus vendu au Royaume-Uni. Ce style de bière déclina jusqu'à ne devenir plus que l'ombre de lui-même, à la fin du siècle, sous l'effet des campagnes antialcooliques (bande de rabat-joies !) et des taxes qui, à partir de 1880, ne concernèrent plus la quantité de malt, mais le degré alcoolique de la bière. (Cole, Mélissa, Tout sur la bière, Paris, Gallimard, 2011, p. 116-120).

Le style fut remis au goût du jour aux Etats-Unis dans les années 1970, accompagnant les premiers pas de la révolution micro-brassicole, partie de là-bas. Les artisans-brasseurs conçurent des bières agrémentées de quantités parfois phénoménales de houblon, selon le principe du dry-hopping, ou houblonnage à sec. Ce principe de houblonnage consiste à infuser la bière lorsqu'elle est en cours de fermentation ou de maturation, ou les deux, avec de généreuses quantités de houblon. En général, pour tous les styles de bière, y compris l'IPA, le houblon est ajouté lors de l'ébullition, ce qui a pour effet de lui faire perdre une partie de ses arômes et saveurs. Le houblonnage à sec permet au houblon de faire bénéficier la bière de toutes ses propriétés aromatiques. Souvent brassées avec du houblon américain ou plus exotique, ce style abrite un éventail extraordinaire de bières aux saveurs très fruitées, des fruits exotiques aux agrumes, résineuses, terreuses aussi, et à l'amertume souvent très prononcée. Et ce sont ces caractéristiques, nouvelles par rapport aux classiques bières de grande distribution et aux grandes bières de spécialités installées depuis des décennies (belges notamment), qui font que ce style a le vent en poupe aujourd'hui.

Félicitations à ceux qui ont réussi à achever ce passage explicatif sans s'endormir ou sans fermer ce post ! Ma passion pour l'histoire est presque équivalente à mon amour de la bière, désolé...

Elixkir a donc succombé à la mode. D'ordinaire, je ne suis pas trop pour qu'on succombe sans cesse à la mode, mais il faut savoir admettre quand c'est bénéfique. Et, dans le cas d'Elixkir, succomber à la mode de l'IPA s'est avéré être une réussite. Leur IPA, comme les autres, est une bière de fermentation haute, titrant 7% de teneur en alcool, ce qui en fait une bière semi-forte. Lors de son processus de brassage, trois houblons ont été utilisés : l'américain Chinook, amérisant et aromatique (notes de pin, d'agrumes et d'épices), l'américain citra (notes d'agrumes) et le japonais Sorachi Ace (citronné puissant et amertume prononcée). Autant dire qu'elle devrait avoir de la saveur...

La voici : 

Au visuel, elle présente une robe ambrée clair aux reflets dorés, trouble du fait d'une phase de refermentation en bouteille. Elle est surmontée d'un col de mousse blanche, épaisse, compacte et persistante.

Au nez, la mousse dégage des arômes puissants et bien fruités, aux notes de fruits exotiques et d'agrumes, avec des touches résineuses.

En bouche, le malt offre un moelleux brioché qui s'accorde en un bel équilibre avec la vivacité de saveurs de fruits exotiques. La fin de bouche est marquée par une amertume relativement puissante de pamplemousse, et correspond tout-à-fait au type IPA américaine, puissamment fruitée et amère.

Une IPA réussie, pas grand chose de plus à en dire. Elle ravit les connaisseurs du style (j'en ai quelques témoignages...), ce qui en dit long sur la qualité du travail fourni....


















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