jeudi 8 décembre 2016

La Chargeoise de Noël, entre douceur et chaleur

Il y avait longtemps que l'on n'y était pas allé, alors en route pour Chargey-lès-Gray, en Haute-Saône (70) à proximité de Gray, et sa brasserie locale haute en couleurs : la Brasserie de La Rente Rouge et son brasseur Mathieu Bernard.

Et cette fois, c'est pour sa bière de Noël. S'il aime explorer des styles exotiques comme les IPA et autres bières bien fruitées, Mathieu peut aussi verser dans la tradition, ainsi celle des bières de Noël. Il fait de la bière de Noël depuis 2010, mais je ne l'ai rencontré qu'il y a deux ans, je n'ai goûté sa bière de Noël qu'il y a un an. L'étape suivante, un an après, ne pouvait être que de lui consacrer enfin une bafouille de blog. Eh oui, chez "Secrets de Bières", les idées mettent parfois le temps à faire leur chemin...

Voici donc : 

La Chargeoise de Noël


Cette bière, Mathieu la veut collée à l'esprit "bière belge de Noël", où le malt et les épices sont prépondérants, pour donner des saveurs corsées et chaleureuses aux bières brassées. Il utilise forcément du malt pâle pour les sucres fermentescibles, mais aussi des malts plus foncés, qui donneront sa couleur sombre à sa bière, ainsi que des saveurs assez fortes. Et donc, des épices, mais sans plus de précision. Il va falloir les trouver... Au reste, c'est une bière de fermentation haute, refermentée en bouteille. Elle titre 6.8 % de teneur en alcool, ce qui en fait une  bière semi-forte, moins forte que la plupart des bières belges de Noël, qui montent en général à 8-9 %, voire plus. A consommer, à mon humble avis, à 9-10° C.

Au visuel, elle dévoile une robe rousse aux reflets cuivrés, avec un léger trouble. Sa mousse, couleur ivoire, vive et à grosses bulles, peu collante, disparaît (trop ?) rapidement après le service.

Au nez, les arômes sont bien perceptibles malgré cette mousse qui disparaît rapidement, sans être trop prononcés. Doux et chaleureux, ils mêlent des notes épicées évidentes de cannelle, de gingembre (sous réserve, à vous de voir...), ainsi que des notes moelleuses de caramel. Au milieu de tout ça, des tons grillés ne manquent pas de se rappeler à notre bon souvenir, ce qui n'est pas désagréable.

En bouche, l'entrée est finement effervescente, laissant rapidement la place à un corps où le malt tient une place prépondérante, laissant s'échapper des saveurs caramélisées moelleuses, relevées de saveurs grillées prononcées. Se mêlent à tout cela des notes épicées agréables, qui amènent un côté chaleureux non moins agréable, couvrant une amertume très légère aux notes de grillé, voire de brûlé. La persistance, sur la chaleur et les épices, s'avère moyennement longue.

Voilà une bière de Noël agréable, où l'équilibre entre la douceur et le côté chaleureux des épices a été plutôt bien trouvé. Les tons très grillés amènent un petit quelque chose en plus qu'on ne trouve pas dans toutes les bières de Noël. Elle confirme en tout cas que, comme bière de saison froide, mieux vaut ne pas la boire trop fraîche, on n'y gagnerait rien. Mathieu la conseille avec du fromage à pâte pressée cuite comme du Comté : pourquoi pas du vieux, ou encore du vieux gruyère suisse. On peut l'essayer aussi avec un bon vieux pain d'épices, ou tout simplement - pourquoi faire compliqué ? - une crème caramel, une crème brûlée... Bref, avis aux amateurs et santé à tous !

Découvrez-en un peu plus sur la brasserie sur son site www.larenterouge-brasserie.fr

On peut retrouver la Chargeoise de Noël
- à la crèmerie-épicerie fine "La Grapillotte", 26 rue Monge au centre-ville de Dijon (21000) ou 5 rue des Grandes Varennes, ZAC d'Ahuy (21121) ; 03 80 30 36 91 (rue Monge) ou 03 80 55 69 60 (Ahuy).
- à la Cave "Bières des Terroirs", 28 rue Crébillon au centre-ville de Dijon (quartier Zola-Monge), www.bieresdesterroirs.fr, 03 71 19 90 97 ; 
- et sans doutes dans d'autres boutiques, mais je ne les connais pas, qu'elles se dénoncent ! 

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mardi 6 décembre 2016

Retour à... Tours pour une IPA "Royale"

Nouveau petit détour, sur les bords de la Loire, par la Compagnie Tourangelle de Bière (CTB) et sa gamme "Royale". 

Une première bafouille, "La Compagnie Tourangelle de Bière, une ambition... Royale ?" (29 novembre 2016), avait présenté la brasserie, ses objectifs (à retrouver sur le site www.biere-artisanale-ctb.fr), mais seulement une seule des bières de la gamme : la Royale Pale Ale. Ben oui, faut pas déconner, il y avait déjà bien assez à lire comme ça ! 

Alors réparons le manque, puisque cela est possible ! Nicolas Seyve, brasseur beaunois de la microbrasserie Belenium, m'avait offert la possibilité de goûter les deux premières bières de la CTB. Alors ne laissons pas la Royale Pale Ale toute seule, ajoutons-y : 

La Royale India Pale Ale Session #1


La Royale IPA (pour un petit historique du style IPA, voir mon post "L'Elixkir IPA, quand la mode a du bon"), bière issue du brassage de quatre types de malt : du malt "Pale", qu'on qualifiera de malt "de base", à peine plus coloré que le malt pâle du type Pils, destiné à donner déjà un bon début de corps savoureux à la bière ; du malt Caramunich, malt caramélisé foncé, touraillé à haute température (220° C), destiné à donner une couleur ambrée foncée ou cuivrée et à développer des notes biscuitées à caramélisées ; du malt Munich 15, malt pâle pouvant aussi servir de "base", destiné à donner à la bière des notes légèrement caramélisées, miellées, ou panifiées ; du malt Munich 25, dont les caractéristiques sont similaires à celles du malt Munich 15, mais plus accentuées. L'assaisonnement du moût se fait avec cinq types de houblon : l'Amarillo, floral et épicé, d'amertume prononcée ; le Cascade, plus aromatique qu'amer, floral et épicé lui aussi ; le Colombus, aromatique sur les agrumes et les épices, et amérisant ; le Citra, aromatique donnant des notes tropicales à la bière (agrumes), souvent utilisé pour le brassage d'IPA ; le Simcoe, aromatique et amérisant, aux notes de fruits de la passion, d'abricot et résineuses. Après tout ça, je ne vous raconte pas la complexité de la bière... Bref, au-delà de ça , il s'agit d'une bière de fermentation haute, refermentée en bouteille, titrant 5.6 % de teneur en alcool, qu'on peut consommer (je pense...) au tour de 6-7° C afin de profiter des arômes et de sa fraîcheur en sus.

Au visuel, on distingue une robe cuivrée intense aux reflets rougeâtres, trouble. Le col de mousse est abondant, de couleur ivoire et de consistance plutôt crémeuse, laisse une belle dentelle collante sur la paroi du verre, longuement persistant.

Au nez, ce sont des arômes prononcés qui se dégagent de ce beau col de mousse. On distingue au premier chef des fruits exotiques tels que les fruits de la passion et les agrumes, accompagnés de notes fleuries. En cherchant plus profondément, on peut distinguer des touches caramélisées, équilibrées de tons résineux.

En bouche, l'entrée est vive et sèche. Le corps est puissant mêlant notes de fruits exotiques et fleuries prononcées. L'orange et le pamplemousse ne sont pas en reste. Les tons caramélisés sont présents, bien que très discrets sous cette explosion fruitée. Des notes épicées et résineuses se font jour ensuite, aboutissant à une amertume résineuse et herbacée marquée et persistante.

On sent, avec cette bière - d'un type relativement difficile à brasser -, qu'on n'a pas affaire à des "lapins de trois semaines du brassage" (pardon pour l'expression, mais je l'aime bien...). Il y a du travail derrière tout ça, de la recherche et des expériences. On ne fait pas une bière dont les saveurs sont à ce point explosives sur un coup de tête. Une belle puissance, de la complexité, une amertume qui vient rapidement et qui persiste mais qui laisse tout de même la place aux notes fruitées pour s'exprimer. Encore une découverte sympathique, quoi... Les brasseurs, Maxime et Karim, la conseillent avec des plats épicés asiatiques, indiens ; mais aussi avec du sucré-salé tel que des endives caramélisées, des viandes rouges ; et des desserts au citron, comme la tarte au citron meringué. De façon plus générale, on peut essayer de l'accompagner de gibier bien relevé, des poissons et viandes fumés, du chocolat blanc ou des desserts aux agrumes.

Un petit clin d'oeil à Nicolas Seyve, de Belenium chez qui cette Royale IPA a été brassée, qui a tenu à souligner que, même chez Belenium, on sait brasser de l'IPA. Personnellement, je le savais déjà, mais je peux l'officialiser maintenant... ;-)

Compagnie Tourangelle de Bière, Tours (37), www.biere-artisanale-ctb.fr 

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vendredi 2 décembre 2016

Belenium chez Loiseau, la suite !

Il faut croire que la collaboration entre la microbrasserie beaunoise Belenium et la Etablissements Bernard Loiseau (voir mon article Belenium chez Loiseau du 22 juillet 2016) a bien fonctionné - et fonctionne toujours bien ! 

De  fait, puisqu'aux "Blanche de Blanche" et "Blonde au Miel" est venue s'ajouter une petite troisième, de caractère résolument bourguignon : 

la "Blonde au Cassis"


Je vous épargne le laïus de présentation de la microbrasserie Belenium, c'est bien loin d'être la première fois qu'il y est fait allusion dans ces bafouilles de blog (cf. liens en fin de post). Je vous épargne aussi celui sur la collaboration entre Belenium et les établissements Bernard Loiseau, visant à donner à la bière une place de choix en accompagnement de la gastronomie (cf. lien ci-dessus). Bref, pas trop de lecture cette fois-ci. 

Mais revenons à la petite nouvelle ! Voilà donc la "Blonde au Cassis", brassée à partir de malts d'orge et de froment, auxquels s'ajoute l'utilisation de houblon(s) aux notes fleuries et épicées et à la fine amertume. De fermentation haute, elle est refermentée en bouteille à l'aide de nectar de cassis et d'une lichette de sirop de cassis. Nicolas Seyve ne voulait pas que cette bière soit une bière aux fruits dans le sens bière brassée avec ajout de jus de fruit, ou de fruits, hors fermentation, donc pas d'une bière sucrée. Et c'est effectivement ce qu'il a réussi à faire. Comme ses deux soeurs issues de la collaboration Belenium-Loiseau, elle titre 5.6 % de teneur en alcool, ce qui en fait une  bière légère. On la consommera à environ 8° C (à mon humble avis, comme toujours).

Au visuel, on découvre une bière à la robe blond foncé, trouble, laissant transparaître des reflets plus clairs, presque blonds pâles. L'effervescence est fine, peu vive, dansante, élégante et tranquille en deux mots. Le tout est surmonté du col blanc caractéristique des Belenium : très fines bulles, consistance presque crémeuse, bien collante à la paroi du verre, longuement persistante.

Au nez, elle dégage d'entrée des arômes fruités de cassis bien perceptibles au début, plus discrets par la suite. On peut distinguer, au-delà de ça, des touches fleuries assez caractéristiques de la "patte" de Nicolas Seyve.

En bouche, l'effervescence d'entrée se montre fine mais s'apaise rapidement. Le corps se déploie ensuite amplement dans la bouche, laissant s'échapper ces mêmes notes fruitées de cassis, qui ne laissent cependant apparaître aucun caractère sucré. Le tout s'accompagne de notes fleuries et de céréales maltées à faible température. La fin de bouche se caractérise par une légère amertume herbacée et de fines touches épicées, moyennement persistantes.

Cette bière incluant l'utilisation de jus de fruit lors de la fermentation, nouveauté chez Belenium, a atteint l'objectif que s'était fixé Nicolas : une bière aux saveurs fruitées mais non-sucrée. N'étant pas, moi-même, un grand adepte des bières aux fruits, sauf si elles ne sont pas sucrées et acidulées, elle m'apparaît pourtant agréable et rafraîchissante. Donc, pari réussi en ce qui me concerne. Le cassis est prononcé mais pas sucré, et se trouve être bien équilibré par le côté fleuri et légèrement épicé. Elle pourrait bien accompagner de la viande blanche, aux saveurs légères, ou de la charcuterie séchée de boeuf, comme de la Bresaola. Pourquoi pas, au dessert, du sorbet au cassis ou autres fruits noirs et rouges.

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jeudi 1 décembre 2016

Elixkir Noël, le plein d'épices et de caramel

Encore une Elixkir ! Oui, mais celle-là n'est pas une nouvelle à proprement parler. Il s'agit d'une nouvelle pour l'année 2016, mais elle avait déjà été brassée en édition limitée et commercialisée il y a tout juste un an. On parle bien évidemment, comme l'indique le titre de cette nouvelle bafouille, de l'Elixkir de Noël. Il se trouve qu'elle n'a pas eu droit, l'année dernière, à son petit post, au contraire du reste de la gamme.

Je ne reviendrai pas sur les explications de ce qu'est une bière de Noël, ni sur les distinctions - si minimes soient-elles - qu'il y a à faire avec les bières d'hiver. Pour plus d'infos - par ailleurs largement venues du brasseurs d'Elixkir Guillaume Paysant - je vous renvoie à mon article "La Saint-Rieul d'hiver, et un peu de Noël..."

Pour la deuxième année, Guillaume Paysant et Amélia Begrand, nous gratifient d'une bière de Noël issue de 10 malts différents et de 5 houblons. On n'en saura pas plus, mais rien que cela laisse augurer une bière complexe. D'autant plus que des épices, tout aussi peu connues, y sont ajoutées, comme dans de nombreuses bières du même style. De fermentation haute, elle est refermentée en bouteille, comme toutes ses soeurs et titre 6.2 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière semi-forte. Comme toute bière de Noël, il vaut mieux (à mon humble avis, je n'aurai de cesse de le dire) la déguster à température "élevée" par rapport à bien d'autres, autour de 10-12° C. Il s'agit d'une bière de saison froide, qui doit réchauffer, ou tout du moins en donner la sensation.

La voici : 

L'Elixkir "Bière de Noël"


Au visuel, elle montre une robe d'un roux foncé au léger trouble et aux reflets cuivrés à acajou. Effervescence fine et plutôt peu vive. Le tout est surmonté d'une mousse blanc cassé fine, légèrement collante, moyennement persistante.

Au nez, ce sont des arômes qui paraissent légers, mais dont se dégagent des notes caramélisées, d'agrumes épicées (pour tout dire, cela m'a fait penser, à certains égards, aux arômes du vin chaud aux agrumes et aux épices), de fruits rouges, ainsi que d'épices comme de la cannelle et du gingembre, entre autres.

En bouche, l'entrée est moyennement effervescente, ouvrant sur un corps partagé entre caramélisé prononcé et chocolaté, sur lesquels s'ajoutent des saveurs fruitées où les agrumes dominent en compagnie des épices et de leur chaleur, le tout en un équilibre plutôt réussi. L'amertume de fin de bouche s'avère, elle, légère, laissant plutôt la place à une persistance épicée chaleureuse, relativement longue.

Une bière de Noël qui est un exemple parmi d'autres montrant que ce style n'a pas l'obligation d'être fortement alcoolisé pour apporter saveurs et chaleur. C'est tout le succès de la bière de Noël d'Elixkir, avec un bel équilibre entre le moelleux caramélisé et agrumeux prononcé et la vivacité chaleureuse des épices. Des saveurs prononcées qui accompagneront bien des plats riches et épicés, mais aussi des fromages à pâte dure vieux, des fromages épicés ou bleus. Mais encore des desserts caramélisés tels que de la crème caramel, ou épicés comme du pain d'épices tout simplement.

Une bière que vous pourrez retrouver, notamment, chez "Bières des Terroirs", boutique de bières bourguignonnes et franc-comtoises, rue Crébillon à Dijon (quartier Zola-Monge). Et chez bien d'autres sûrement, que je ne connais pas, et qui peuvent se manifester...

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mardi 29 novembre 2016

Compagnie Tourangelle de Bière : une ambition... Royale ?

La petite histoire présente débute à... Tours ? Non, non, pas à Tours... à Beaune ! Eh oui, c'est Nicolas Seyve, brasseur des bières beaunoises Belenium (bien connues maintenant dans ces pages), qui m'a rancardé récemment sur la Compagnie Tourangelle de Bières, dont je n'avais jamais entendu parler : honte à moi ! Il m'en a même donné deux bouteilles à déguster. 

Heureusement que j'ai des copains pour m'aider quand même ! 

Bref, qu'est-ce que la Compagnie Tourangelle de Bière ? Il s'agit d'une toute nouvelle brasserie, lancée officiellement le 16 juin dernier, à Tours donc, sous la  houlette de deux brasseurs nommés Maxime et Karim, amoureux de la bière et du brassage. Ils ont décidé de nommer leur gamme de bières "Royale", un nom qui colle plutôt bien à cette région pleine de châteaux de la Loire. En lançant leur brasserie, ils poursuivent un objectif tout aussi prestigieux : redonner à la bière toute sa place, aux côtés du vin sur les tables françaises, en accompagnement de notre gastronomie. Un objectif poursuivi aujourd'hui par de très nombreuses personnes partout en France, brasseurs, zythologues, gastronomes, gourmets. Et notamment Nicolas Seyve qui a créé, pour les établissements Bernard Loiseau, ses bières "Blanche de Blanche" et "Blonde au Miel" .

Mais au lieu de vous gaver d'explications et de détails, comme j'en ai l'habitude, je vous renvoie au site de la Compagnie Tourangelle de Bières (ou CTB) : www.biere-artisanale-ctb,fr .

Mais pourquoi, vous demandez-vous (enfin, peut-être...), est-ce un brasseur beaunois qui vient me parler de bières fabriquées à Tours ? Eh bien tout simplement parce que n'étant pas encore suffisamment équipés pour brasser chez eux, Maxime et Karim ont demandé à pouvoir brasser chez des confrères équipés du même matériel que celui qu'ils auront, dont fait partie la microbrasserie beaunoise. C'est pourquoi, au mois de juillet dernier, ils se sont retrouvés à Beaune, chez Belenium, pour une session de brassage de leurs premières bières. Une opération qu'ils ont réitérées chez d'autres brasseurs, semble-t-il, mais sans plus de précision. C'est tout naturellement que Nicolas Seyve a pu garder un certain nombre de bouteilles du produit fini. Et voilà comment je suis moi-même entré en possession de bouteilles des bières de la gamme "Royale" : une "Royale Pale Ale" et une "Royale India Pale Ale". Une troisième était lancée, ce 29 novembre même, la "Royale American Pale Ale". Je n'en ai donc pas obtenu, mais ce n'est que partie remise.

On constate assez rapidement, à la lecture des noms de ces bières, qu'elles sont largement inspirées de styles de bières anglo-saxons : les Pale Ales et India Pale Ales, nées en Angleterre et largement développées aux Etats-Unis il y a quelques décennies avant d'inspirer désormais les brasseurs européens, et donc français bien évidemment.

Bref, voilà qui nous amène à la première bière de la gamme "Royale" qu'il m'a été donné de déguster : la "Royale Pale Ale" Session #1 (petite particularité en plus : chaque bière de chaque style exploré sera susceptible d'évoluer "au gré des saisons, [des] envies et des matières premières disponibles", d'où les numéros de "Session"). Il s'agit d'une blonde composée de malts Pilsen (très légèrement malté, aux saveurs douces, panifiées voire biscuitées) et Munich (malt plus aromatique que le Pilsen, touraillé à plus haute température - il sera donc plus foncé - et de goût plus prononcé que le Pilsen), ainsi que de froment. Les houblons utilisés sont américains : l' Amarillo (floral et épicé, d'amertume prononcée), le Cascade (plus aromatique qu'amer, floral et épicé lui aussi) et le Chinook (aux saveurs d'agrumes, de pamplemousse notamment, et à l'amertume prononcée). De fermentation haute, elle est refermentée en bouteille. Elle titre 5.4 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière légère, en terme d'alcool en tout cas. On s'apercevra que ce n'est pas le cas en termes de saveurs. A consommer à 7-8°C (à mon humble avis, comme d'habitude).

La "Royale Pale Ale Session #1"


Au visuel, elle arbore une robe blond foncé, trouble, aux reflets ambrés à cuivrés. Elle est surmontée d'un épais col de mousse blanche à grosses bulles, "rocailleux", qui s'affine au fil du temps, mais persiste longuement.

Au nez, ce sont des arômes discrets qui s'échappent de ce col de mousse, moelleux et fruités sur les agrumes, accompagnés de notes de céréales biscuitées et même légèrement caramélisées, ainsi que de notes fleuries.

En bouche, l'entrée est vive et sèche, suivie d'un corps céréalier biscuité et fruité sur les agrumes, d'une certaine ampleur et d'une puissance que ne laisse pas penser la lecture du degré d'alcool. Le tout s'accompagne là aussi de touches fleuries. La fin de bouche est caractérisée par une amertume fleurie et épicée prononcée, persistante.

Une pale ale sympathique, alliant puissance et beau mélange de saveurs. Une puissance qui contraste avec son taux d'alcool léger. Elle est bien équilibrée entre la vivacité du début, le moelleux céréalier et fruité du corps et l'amertume prononcée. Elle accompagnera bien, selon les brasseurs (voir leur site), des plats de poissons ou de viande épicés : filet de sole, takaki de saumon vinaigrette de pamplemousse, tartare de veau 4 épices... Mais aussi du dessert épicé : crème brûlée chocolat-gingembre (toujours selon les brasseurs). A essayer si vous passez par Tours ! 



jeudi 17 novembre 2016

La Saint-Rieul d'hiver, et un peu de Noël...

Novembre est arrivé, avec lui est arrivé le temps des bières d'hiver et de Noël. J'en entends déjà qui vont dire, comme j'ai pu le dire moi-même : "une idée commerciale de plus pour nous faire acheter de la bière même en hiver !"

Ben pas tant que ça en fait... Le style "bière d'hiver" ou "de Noël" est un style plutôt ancien quand on y regarde bien. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les bières étaient des produits brassés de façon saisonnière, d'octobre à mars pour être servis au printemps et en été. Au début de l'automne, il fallait souvent écluser les derniers stocks de céréales de la brasserie afin de faire place aux nouvelles récoltes. Le tout était utilisé pour brasser des bières à consommer en fin d'année, qui étaient souvent des bières riches, amples, voire "épaisses" tant étaient importantes les quantités de matière première utilisées pour les brasser, bien souvent plus fortes en alcool.

Bon, après cette définition très générale, j'ai cherché un peu plus loin. Et, grâce à Guillaume Paysant (brasseur d'Elixkir à Dijon), j'ai la possibilité d'affirmer que l'on peut faire une distinction entre les "bières d'hiver" et les "bières de Noël". Ben oui, pourquoi ne pas ajouter un peu de complication ?

D'après Guillaume Paysant, les bières de Noël prennent leur source dans les pays scandinaves il y a plus d'un millénaire, avant leur évangélisation. La bière était brassée en octobre pour être consommée lors de la fête païenne de "Yule", le 21 décembre. Une tradition qui fut préservée, après l'évangélisation, pour les fêtes de Noël. La tradition est encore bien ancrée aujourd'hui semble-t-il puisque "les bières de Noël sont restées très populaires, en tout cas dans la brasserie où j'ai travaillé (Nogne O) qui brasse 4 bières de Noël différentes", m'a confié Guillaume.

Les bières d'hiver en revanche prendraient plutôt leur source en Angleterre. Elles seraient nées à Burton Upon Trent, ville archi-connue des brasseurs et bièrologues comme celle dont l'eau de source est propice au brassage des meilleures Pale Ales et India Pale Ales britanniques. Style de Pale Ale, elles s'en différenciaient par deux composants : une portion de malt torréfié leur donnant une couleur plus foncée ; un peu de sucre brun qui les rendait plus douce que nombre d'ales anglaises de l'époque. Deux raisons pour lesquelles, toujours d'après Guillaume Paysant, ce style de bière était davantage apprécié et consommé durant les froids mois d'hiver, car certainement plus chaleureux. Un style d'ailleurs renommé par la suite "Winter Warmer". Le style "bière d'hiver" a fait des émules outre-atlantique comme ailleurs en Europe, notamment à la faveur du renouveau de la brasserie artisanale (démarré, rappelons-le, aux USA dans les années 1970), et serait même devenu un incontournable du brassage artisanale. Les brasseurs américains sont ceux qui commencèrent à ajouter des épices dans leurs bières d'hiver.

Et c'est là que tout se brouille... Pas belle la vie quand même ? Effectivement, on est aujourd'hui face à deux styles, dont les origines origines diffèrent, mais qui se télescopent. Non seulement par la période où on les brasse et où on les consomme, par leurs caractéristiques (bières foncées, épicées, parfois un peu sucrées), mais encore par leur appellation. Depuis une trentaine d'années (1985 pour le retour de la bière de Noël en France, en Alsace plus précisément, à la brasserie Schutzenberger), toutes ou presque sont regroupées sous l'appellation "Bière de Noël" pour des raisons "bassement"commerciales. Bref, bien que ce soit le m...dier pour la faire aujourd'hui, il y a bel et bien une distinction, historique du moins.

Une fois de plus, je tire mon chapeau à ceux qui sont arrivés à ce stade du post sans s'endormir ou le fermer. Passons enfin à la bière dont la dégustation faisait à l'origine l'objet de cette longue bafouille: 

La Saint-Rieul d'hiver

La brasserie Saint-Rieul est une brasserie-ferme artisanale picarde, fondée en 1998. Il s'agit donc d'une brasserie tout de même assez ancienne par rapport au nombre actuel de brasseries artisanales en activité aujourd'hui en France. Elle est basée à Trumilly, Saint-Rieul faisant allusion au premier évêque de Senlis, évangélisateur de la Gaule au IIIe siècle de notre ère. Mais je ne vais pas en plus vous soûler avec l'histoire de la Brasserie. Je vous invite à cliquer sur le lien suivant pour en savoir plus : Basserie Saint-Rieul

La Saint-Rieul d'hiver est issue du brassage de généreuses quantités de malts pâle, caramélisé et plus sombre, ce qui devrait lui donner une certaine douceur. Cette dernière sera équilibrée par l'utilisation d'épices et d'écorces d'orange. De haute fermentation et refermentée en bouteille, elle titre 8 % de teneur en alcool. Comme toute bière d'hiver et/ou de Noël, il est conseillé de la boire à peine plus fraîche que la température de cave, autour des 9-10° C.

La voici :


Au visuel, elle offre une robe brun acajou trouble, aux reflets roux, surmontée d'un col de mousse blanc cassé laissant une dentelle abondante collée à la paroi du verre. Mousse bien persistante.

Au nez, elle offre des arômes fruités-caramélisés et épicés : des notes vineuses de fruits rouges mêlées de notes caramélisées ; des touches épicées de cannelle se font jour ensuite. Le tout combiné donne des arômes bien agréables.

En bouche, l'entrée se montre douce et peu effervescente. Elle débouche sur un corps ample et moelleux, caramélisé et légèrement vineux, donc bien fruité. Le tout est relevé de notes chaleureuses de cannelle et des touches grillées déterminant l'amertume de cette bière. Une amertume tranchant bien avec le moelleux du corps, qui s'avère persistante.

Une bière agréablement chaleureuse qui a toute sa place en hiver, puisqu'elle est ainsi nommée par la Brasserie Saint-Rieul, mais aussi (comme c'est la conclusion finalement toute simple de la "petite" explication que j'ai rédigée en début de post) à Noël. La Brasserie Saint-Rieul a le mérite de ne pas avoir cédé aux sirènes commerciales en l'appelant "Bière de Noël". Elle accompagnera bien des plats de gibier riches et épicés, chaleureux et adaptés aux soirées froides d'hiver. Pourquoi pas du fromage à pâte dure comme du vieux Comté. Au dessert, du pain d'épices pourrait bien faire l'affaire, ou pourquoi pas un gâteau aux fruits et chocolat.

Et vous savez où on peut la trouver aujourd'hui autour de Dijon ? Je vous le donne en mille : 
138 ter Avenue Roland Carraz
21300 Chenôve
03 80 51 57 26

Et peut-être dans d'autres boutiques, qu'elles se dénoncent... ;-)

samedi 29 octobre 2016

La Troubadour Magma : une merveille

Il y a un certain temps que je voulais faire découvrir une merveille, que j'ai moi-même découverte il y a plus d'un an au Comptoir des Bières (eh oui, encore lui !). Une bière brassée par une brasserie artisanale belge de la nouvelle génération, fondée en 2000, et qui semble faire des merveilles de créations renouvelant le paysage brassicole belge (parmi bien d'autres, bien évidemment) : la Brasserie "The Musketeers". Malheureusement, je pourrai difficilement en dire plus sur cette brasserie, cette dernière ayant un site exclusivement rédigé en Flamand. Il est de plus en plus courant de rencontrer ce problème sur des sites de brasseries belges. La Belgique est un pays, bien que bilingue, un et non-divisé jusqu'à preuve du contraire, mais un certain nombre de Flamands semblent l'avoir oublié et ont une aversion telle pour les Francophones que même les Français n'ont plus le droit d'avoir une traduction. Bref, on n'est pas là pour faire de la politique, sinon il y aurait de quoi écrire 15 bouquins de 1000 pages ! Pour ceux qui ont le courage d'affronter le Flamand, ils peuvent toujours se rendre sur le site : www.themusketeers.be . Pour ma part, je refuse de faire l'effort de documentation s'ils refusent de faire l'effort de mettre une option "Version francophone", ou tout du moins "Version anglophone". Enfin, comme je viens de l'écrire, bref !

Il existe maintenant une version anglophone, pour ceux que cela peut intéresser. 

Le plus important (ici en tout cas), au final, est cette bière : la Troubadour Magma, Belgian Triple - India Pale Ale. Pour autant que je peux le comprendre, il pourrait s'agir d'un mélange de la puissance des triples à la Belge et du caractère fruité et très amer, donc très houblonné des IPA. Mais je peux me tromper : un site incompréhensible apporte peu d'indications... Il s'agit en tout cas d'une bière de type IPA, de fermentation haute, refermentée en bouteille, titrant 9 % de teneur en alcool. Elle se dégustera à environ 8-9° C.

La voici : 


Au visuel, elle affiche une robe blond foncé, orangé même, au trouble important. La mousse forme un col blanc abondant, à grosses bulles qui le rendent "rocailleux", une mousse collant bien à la paroi du verre, longuement persistante.

Au nez, ce col de mousse dégage des arômes prononcés de fruits exotiques : mangue, fruits de la passion, agrumes. Le tout accompagné de touches résineuses.

En bouche, elle offre une entrée ronde et moyennement effervescente débouchant sur un corps puissant et fruité : toujours les fruits exotiques et les agrumes. Des notes alcoolisées prononcées et chaleureuses ajoutent à cette puissance. L'amertume de fin de bouche, très prononcée, mêle agrumes et notes résineuses. La persistance, longue, est chaleureuse et résineuse.

Une belle bière, bien équilibrée entre le moelleux fruité, la puissance et l'amertume. Ce type de bière peut ravir les grands amateurs d'IPA pour peu qu'ils ne soient pas opposés à une certaine puissance alcoolisée. L'une de mes plus belles expériences de ces dernières années. On en pardonnerait presque aux concepteurs flamands du site de la brasserie, qui semblent penser que seule leur langue existe... A boire, par exemple, en accompagnement de gibiers bien relevés, de la volaille forte (canard fumé), mais aussi un dessert aux fruits exotiques et/ou aux agrumes.

Et vous savez où on peut la trouver aujourd'hui autour de Dijon ? Je vous le donne en mille : 
138 ter Avenue Roland Carraz
21300 Chenôve
03 80 51 57 26

Et peut-être dans d'autres boutiques, qu'elles se dénoncent... ;-)

ADDENDUM :

Il y a déjà quelque temps est apparue sur les étagères du Comptoir des Bières une variante de la Troubadour Magma, présentée ci-dessus.

Cette variante est en fait une version millésimée datée de 2016 dont certaines caractéristiques sont différentes de la Troubadour Magma classique (ben oui, sinon quel intérêt ? Voilà, une fois de plus, comment on enfonce une porte ouverte !). Il s'agit de la Troubadour Magma Special Edition au malt Maris Otter. Le malt Maris Otter est un malt pâle dit "de base", ce qui veut dire qu'à l'image du malt Pils, il a pour fonction d'amener au moût le sucre fermentescible qui amènera l'alcool dans la bière. A la différence d'un malt Pils, le malt Maris Otter est principalement usité pour l'élaboration des bières de type Pale Ale ou IPA. Il a effectivement des propriétés gustatives plus prononcées qu'un simple Pils. Pour le reste, son élaboration est la même que pour la Troubadour Magma classique, mélange entre le processus de fabrication de l'IPA et le fermentation à la levure de triple. Elle titre toujours 9% de teneur en alcool, ce qui en fait une bière forte. Et elle se dégustera toujours à environ 8-9° C.

La voici :


Au visuel, elle se pare d'une robe d'un blond bien plus clair que sa soeur, au trouble relativement important et aux légers reflets dorés. Sa tête de mousse, blanche, est d'abord imposante et vive, très collante en larges dentelles, et bien persistante en un épais col.

Au nez, il se dégage de cette mousse des arômes prononcés et fruités d'agrumes (citronnés en particulier, notes d'orange). On est en revanche bien moins sur les fruits tropicaux qu'avec la Magma classique. On distingue aussi des notes florales, résineuses (moins prononcées aussi que chez la soeur) et d'une touche de pâte d'amande (eh oui, aussi bizarre que ça puisse paraître...).

En bouche, l'entrée est bien sèche et vive pour une bière affichant ce taux d'alcool. Le corps se montre un peu plus rond mais affiche tout de même une belle puissance aux saveurs fruitées, où l'on retrouve les agrumes avec ce caractère citronné indéniable, et des notes panifiées. Une touche résineuse entoure le tout. On note une astringence plutôt forte. Rapidement l'amertume se fait jour, prononcée, florale et herbacée, longuement persistante.

La Toubadour Magma Special Edition Maris Otter révèle de belles qualités, tout comme sa soeur classique, tout en se différenciant bien de cette dernière. Une couleur plus claire, sans conteste, un caractère citronné bien plus affirmé, moins de rondeur, plus de vivacité tant au niveau des saveurs que de la texture et même de l'amertume. La puissance amère de cette édition spéciale vaut largement, voire même dépasse celle de la grande soeur qui est contrebalancée par un corps à la rondeur beaucoup plus importante. Ma préférence personnelle va tout de même à la version classique, qui offre justement plus de rondeur, de notes de fruits exotiques et résineuses. Enfin, je verrais bien cette Special Edition accompagnée de moules marinières au jus bien relevé et épicé, une salade de poivrons agrémentée de Provolone (fromage italien sec et relevé à déguster en copeaux), ou encore un sorbet citron ou de fruits exotiques plus doux.