jeudi 9 février 2017

Extra Stout des Trois Loups, pour aborder le style

Téléportons-nous, pour cette petite bafouille, à Trélou-sur-Marne, dans l'Aisne (02), à la micro-brasserie Les 3 Loups ! 

Elle aussi, je l'ai rencontrée au salon Festi'Mouss de Beaune, le 22 janvier dernier, représentée par un truculent personnage du nom de Miguel Ovejero, représentant en Champagne Bio et en bières artisanales pour les brasseries Saint-Rieul (dont il a déjà été question ici) et Les 3 Loups. Par sa gouaille, Miguel a réussi à attirer dans ses filets le grand amateur que je suis. Et cela a été une bonne chose, étant donné la large gamme qu'il proposait, venue des deux brasseries citées ci-dessus. Connaissant déjà plutôt bien Saint-Rieul et ses produits (merci le Comptoir des Bières...), je me suis naturellement fixé sur ce que je ne connaissais pas : la large gamme (11 bières différentes) de la Brasserie Les 3 Loups, "d'inspiration belge, légères, subtilement épicées et finement houblonnées", est-il indiqué sur la brochure, ce qui ne gâcha rien pour ma curiosité.

Le brasseur, Sylvain, enfant du pays, s'est aventuré dans toute la France et en Belgique afin de parfaire ses connaissances sur ce breuvage dont il est amoureux. C'est fort de ces expériences qu'il a fini par revenir chez lui et créer sa propre brasserie, en octobre 2009, cherchant au fil du temps à ce que les gens de la région puisse à "chaque saison [...] trouver récompense à leur labeur". Curieux et entraîné par la fameuse gouaille de Miguel, je me suis aventuré à acheter 6 bières différentes de la brasserie.

Et c'est l'extra Stout qui a eu mes faveurs pour débuter la dégustation des bières de la gamme. Une brasserie qui n'a pas encore fait son apparition dans ce blog, un style de bière dont il n'a été que trop peu question dans ce même blog : c'est ni plus ni moins que le premier stout auquel il fera référence (pas trop tôt quand on sait que ce blog a quand même 2 ans et demi...).

Cet Extra Stout est, comme toutes ses autres soeurs, une bière brassée de manière artisanale : elles sont toutes de fermentation haute. "Nos bières sont refermentées en bouteille ou en fûts, elles ne sont ni pasteurisées, ni filtrées. Tous leurs arômes sont ainsi préservés et continuent de s'affiner en cave", est-il encore indiqué sur notre brochure. Laquelle ajoute que ces bières, refermentées en bouteille, sont donc des produits vivants et évolutifs, ce qui veut dire que leur bouquet évoluera au fil du temps, qu'elles peuvent donc se conserver longtemps en cave, à température stable et fraîche, bien plus longtemps que ce qu'indique la DLUO (date limite d'utilisation optimale), chose qu'on ne répétera jamais assez non plus. La DLUO est une obligation, mais pour une bière, il s'agit d'une véritable hérésie ! Imaginez mettre une date sur un vin, produit destiné à vieillir par excellence...

L'Extra Stout des 3 Loups titre 6.9 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière semi-forte. Mais en terme de stout, c'est déjà du costaud, la moyenne d'un stout classique tournant autour des 4.5 à 5 % de teneur en alcool. On la boira, à mon humble avis, à environ 12° C : eh oui, encore un style de bière à ne pas boire ultra-frais. La température de cave est idéale.

Voici donc le premier stout du blog de "Secrets de Bières" : 


Au visuel, c'est une robe noire quasi-opaque qui s'offre aux yeux, caractéristique de ce style de bière. Elle est surmontée d'une tête de mousse brun clair abondante, "rocailleuse" (entendre par cette expression toute "personnelle" que la tête de mousse ne s'affine pas de façon uniforme, formant ainsi des reliefs), collante en petite dentelle, persistante.

Au nez, les arômes sont prononcés et corsés, mêlant des notes grillées et torréfiées à des touches chocolatées et légèrement fumées.

En bouche, l'entrée est vive, suivie d'un corps de puissance moyenne aux saveurs grillées et de café noir, accompagnées de notes de chocolat noir légèrement acidulées. Le tout se confond en d'agréables saveurs de moka. La consistance est très légèrement liquoreuse, mais reste légère pour un stout. L'amertume de fin de bouche est prononcée, avec des notes grillées et légèrement herbacées, modérément persistante.

Un bon stout qui répond tout à fait à la description faite un peu plus haut, dictée par le brasseur, de bières légères (au moins au niveau de la consistance), subtilement épicées, finement houblonnées. De belles saveurs corsées, atténuées d'une légère sucrosité acidulée et chocolatée. Très bien pour aborder de façon pas trop brutale le style "Stout", quand on ne le connaît pas. Ou qui ne peut qu'agréablement vous changer du stout irlandais de (très) grande consommation, dont j'ai du mal à me rappeler le nom... G... ? 

Plus d'infos sur la brasserie sur www.brasserie-les3loups.com
facebook.com/brasserieles3loups
Sylvain Henriet-Benoist
7 rue Montaigne, hameau de Courcelles
02850 Trélou-sur-Marne
contact@brasserie-les3loups.com
03 23 69 86 04 - 06 78 87 66 78

ou

Miguel Ovejero
06 95 43 31 53
miguel.ovejero@orange.fr

jeudi 2 février 2017

La Voutue brune, une rencontre sympathique

Cette rencontre s'est produite à Beaune : oui, oui on parle bien de bière et pas de vin, je vous vois venir avec vos clichés ! Il se trouve qu'il y a quelques jours a eu lieu une réunion d'artisans brasseurs aux halles de Beaune, en plein centre-ville, au pied des fameux Hospices de Beaune : le Festi'Mouss. 

Une bonne vingtaine de brasseries y étaient représentées, peut-être plus : je n'en ai pas la liste, et je ne les ai pas comptées, j'avais mieux à faire à vrai dire... Il y avait les brasseurs des environs, déjà largement abordés dans les lignes de ce blog : Belenium (Beaune), Elixkir (Dijon-Couternon), Brasserie Burgonde (Vitteaux), La Roteuse (Brochon). D'autres, moins connus de votre serviteur, venaient du Jura, de l'Ain, de l'Aisne, de Picardie, de Haute-Marne... Bref, un événement intéressant pour qui voulait faire des découvertes et des rencontres.

Il est question ici de la Brasserie Bock'n Roll, basée à Isôme en Haute-Marne (52), qui produit ses propres bières évidemment, mais aussi des brassins spéciaux et personnalisés pour les associations, entreprises, etc... La rencontre avec le brasseur, Jérémie Poppé (je crois en tout cas : c'est le nom marqué sur la carte que j'ai glanée.. Ah il est beau le journaleux !), fut brève : son stand attirait beaucoup de monde et il devait s'occuper de tous.

La rencontre avec la bière fut un peu plus longue. La brasserie Bock'n Roll produit régulièrement une gamme appelée "La Voutue" regroupant une blonde et une brune. Je n'ai eu l'heur que de déguster la brune : les deux ou trois petites gorgées que j'ai bues m'ont fait dire au brasseur qu'il aurait certainement de mes nouvelles. L'impression a de suite été très bonne. Je lui en ai pris une bouteille afin de la déguster à la maison à tête reposée.

Et l'impression n'a fait que se confirmer lors de cette dégustation. J'ai rencontré une belle bière. On a affaire ici à une bière de garde de fermentation haute, refermentée en bouteille, brassée de façon tout ce qu'il y a de plus artisanale, non-filtrée, non-pasteurisée, et sans additif, est-il bien précisé sur l'étiquette de la bouteille. Elle titre 7.3 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière semi-forte qu'on boira (à mon humble avis comme toujours) à environ 10-11° C.

Voilà la belle rencontre : 


Au visuel, elle affiche une robe brun foncé aux reflets acajou à rubis, selon l'angle de la lumière. Elle est surmontée d'un col de mousse ivoire très fine, peu collante, persistante en un fin voile à la surface.

Au nez, les arômes sont agréables, entre torréfaction et fruité : ils mêlent café et chocolat noir d'une part, touches vineuses de fruits noirs d'autre part.

En bouche, l'entrée est vive mais débouche sur un corps moelleux à la puissance modérée et aux légers tons acidulés, mêlant saveurs fruitées vineuses et légères notes chocolatées. L'amertume de fin de bouche s'avère plutôt légère avec des notes grillées. Elle laisse la place à une longue persistance fruitée, accompagnée d'une agréable chaleur. Cette dernière est plutôt inattendue et étonnante, faisant croire à une bière plus alcoolisée que les 7.3 % qu'elle affiche. A noter que des notes torréfiées se dégagent de façon relativement marquée au rétro-nasal. 

Je le répète, ce fut une rencontre sympathique, rien que du fait d'avoir bu une bière de garde artisanale, ce qui n'est pas tous les jours... Le mélange entre les caractères torréfié et fruité à vineux m'a paru remarquable. Je suis resté un peu sur ma faim au niveau de l'amertume, mais ce breuvage dans son ensemble n'en reste pas moins une réussite, à mon (toujours) humble avis. A boire plutôt en accompagnement d'un repas costaud comme, pourquoi pas, un bon boeuf bourguignon, suivi de quelques bouts de Comté 18 mois et de Saint-Nectaire, et enfin un fondant au chocolat ou un dessert au café. Plus qu'à goûter la Voutue blonde... Vivement la prochaine rencontre ! 

Sur la brasserie : 
Brasserie "Bock'n Roll"
10 rue de l'Eglise
52190 Isôme
Jérémie Poppé
06 16 18 07 22
lavoutue@gmail.com
facebook.com/brasseriebocknroll

dimanche 15 janvier 2017

La Dauphine, une robuste IPA

Descendons cette fois-ci en Isère, à Saint-Geoire-en-Valdaine, commune située au pied du Massif de La Chartreuse à une quarantaine de kilomètres au Nord de Grenoble. On rejoint la Brasserie Artisanale du Val-d'Ainan, une brasserie artisanale bien plus ancienne - du haut de ses seulement 10 ans - que la plupart des nouvelles brasseries qui nous entourent aujourd'hui, et semble être bien installée et développée. 

On peut notamment l'estimer en s'intéressant à sa gamme "La Dauphine". Celle-ci comprend une vingtaine de bières différentes, dont une dizaine de permanentes (classiques et spécialités), six saisonnières et trois à quatre "Cuvées du moment" (cuvées exceptionnelles brassées selon les envies du brasseur). Sans parler de l'eau-de-vie de bière (distillat de bières se rapprochant d'un whisky ou d'un Bourbon "mais plus doux", cf. site de la brasserie).

Il m'a été donné, au hasard d'un cadeau de Noël, de pouvoir goûter l'IPA de la gamme, style de bière à côté duquel peu d'artisans brasseurs qui se respectent se permettent de passer. Avec plus ou moins de succès... Et pour celle-ci, ce serait plutôt plus que moins ! 


Il s'agit ici d'une bière de fermentation haute, refermentée en bouteille. Elle est issue d'un mélange de malts pâle (le plus à même de transformer son amidon en sucres fermentescibles) et plus foncés pour le goût et la couleur. Elle est houblonnnée lors de l'ébullition, comme il est normal, mais aussi "dry hoppée", c'est à dire que du houblon est infusé dans la bière lors de la garde, procédé qui permettra au houblon concerné de développer à fond ses arômes (et non son amertume en revanche) dans la bière. Deux houblons sont utilisés : les américains Colombus (houblon amérisant par excellence, paraît-il, aux arômes d'agrume et légèrement boisés) et Centennial (houblon amérisant lui aussi, aux arômes fruités se rapprochant du pamplemousse). Autant dire qu'il faut s'attendre à une amertume costaude... Une bière qui titre 7% de teneur en alcool, ce qui en fait une bière semi-forte. A boire, à mon humble avis, aux environs de 6 à 7° C.

Au visuel, elle arbore fièrement une robe dorée trouble aux reflets tirant sur l'ambré, voire le cuivré. Elle est coiffée d'une tête de mousse blanche abondante, collant bien à la paroi du verre et longuement persistante. Avec ces éléments, on se dit que la dégustation débute plutôt bien...

Au nez, cette belle tête de mousse dégage des arômes prononcés de fruits exotiques (pourquoi pas de la mangue...) et d'agrumes. De légères pointes herbacées et résineuses peuvent également se faire sentir.

En bouche, l'entrée se révèle moyennement vive mais débouche sur un corps fruité puissant, entre fruits exotiques et agrumes amères. L'amertume envahit rapidement le palais. Comme prévu, elle se révèle puissante, tranchante, mêlant amertume de pamplemousse et petites notes résineuses qui ne gâchent rien. Une amertume puissante dont la sensation persiste très longuement en bouche une fois la gorgée avalée.

Si l'amertume vous fait grimacer, ne l'ouvrez même pas ! Si au contraire vous êtes amateur, La Dauphine IPA vous ravira. Une belle IPA, robuste, pleine de puissance fruitée et d'amertume qui ne peut pas laisser insensibles les connaisseurs et amateurs de ce style de bière. L'objectif des brasseurs, qui était d'exploiter la puissance amérisante des deux houblons américains, est atteint. Le bouquet fruité, marqué lui aussi s'équilibre donc plutôt bien avec la puissance de l'amertume. Une belle IPA. On peut tenter de la déguster avec du gibier, des viandes en sauce épicées, du poisson fumé, pourquoi pas un fromage de chèvre bien sec et, au dessert, une salade de fruits exotiques et/ou d'agrumes, ou tout simplement un bout de chocolat blanc.

Plus d'infos sur la brasserie : www.la-dauphine.fr

mardi 10 janvier 2017

Une American Pale Ale à Tours

Et c'est reparti pour un petit passage par la Compagnie Tourangelle de Bières, qui a récemment (novembre 2016) lancé une nouvelle représentante de sa gamme "Royale". Axée sur les types Anglo-Saxons et la finesse, cette gamme reste sur la même ligne avec, cette fois-ci, la mise en route de la "Royale American Pale Ale N°1".

"Qu'est-ce qu'une American Pale Ale ?", me demanderez-vous. Non ? Pas grave, on va quand même tenter de donner une explication plus ou moins claire. Promis, je ne serai pas trop long ! Il convient de se demander déjà ce qu'est une Pale Ale. Il s'agit d'un style anglais né à une époque où les ales anglaises (bières de fermentation haute anglaises faisant la part belle au malt) étaient ambrées ou sombres. L'idée était de brasser ce type de bière uniquement avec du malt pâle, donnant pour la première fois une bière bien plus claire (d'où son nom de "Pale Ale"). Titrant en général 5 à 6 % de teneur en alcool, ce type de bière est doux, rafraîchissant et savoureux, dégageant un bel équilibre entre le malt et ses notes de pain ou biscuitée (voire miellées) et le caractère plus fruité ou herbacé du houblon (selon le ou les houblon(s) utilisé(s) ). L'amertume y est aussi plus forte que dans les ales plus sombres. Eh bien, l'American Pale Ale est juste l'appropriation par les multiples artisans brasseurs américains de ce style, en y ajoutant leur touche. Une touche qui se caractérise, comme souvent outre-atlantique, par un houblonnage plus intense. Et on connaît les caractéristiques aromatiques et amérisantes prononcées des houblons américains (fruits exotiques, agrumes, fleurs, épices, résine...).

Voilà pour la petite explication pénible, on peut revenir à l'objet de ma petite bafouille. Un breuvage bel et bien français, mais se voulant une reprise du style "American Pale Ale". Voici donc : 

La Royale American Pale Ale N° 1


On a affaire ici à une bière artisanale, de fermentation haute et refermentée en bouteille. Elle est basée sur un mélange de malts Pilsen (malt de base, blond pâle, doux) et Munich 25 (malt un peu plus foncé, doré), accompagnés de froment. Au niveau du houblon, comme dit plus haut, on se concentre sur des houblons d'origine américaine : le cascade (variété aromatique d'Oregon, populaire auprès des brasseurs du monde entier, aux arômes de fleurs et d'épices), le Chinook (fruité aux fortes notes de pamplemousse, teneur en acides alpha relativement élevée, donc bien amérisant) et l'Amarillo (mélange d'arômes floraux et épicés, amertume marquée). Elle titre 5.6 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière légère, qu'on ne boira cependant pas trop fraîche, le bouquet agréable qu'elle dégage ne méritant pas cela... (plutôt 7-8° C.)

Au visuel, elle arbore une robe blond foncé, trouble aux reflets orangés. Elle est surmontée d'une tête de mousse blanche abondante, de texture crémeuse, collant bien à la paroi du verre (plutôt un beau gage de qualité) et bien persistante. 

Au nez, les arômes sont prononcés et persistants, qui mêlent des notes herbacées et fruitées d'agrumes. Le tout s'agrémente de touches résineuses sympathiques. Les brasseurs parlent aussi de notes de mangue : je ne les ai pas vraiment distinguées, mais mon expertise a ses limites... Cependant, vu les houblons utilisés, les arômes de mangue sont en tout cas plus que plausibles. 

En bouche, l'entrée modérément effervescente, fine, débouche sur un corps relativement puissant aux belles notes d'agrumes (pamplemousse, notes citronnées). L'amertume, marquée, mêle pamplemousse et notes résineuses. La persistance, longue, mêle agrumes et notes résineuses.

Une pale ale qui a bel et bien l'accent américain. Son bouquet plus que fruité et ses touches résineuses sont les caractéristiques on ne peut plus flagrantes de la présence de ces houblons si agréables. Sa texture fine, ses notes fruitées et son amertume agréable en font une bière aussi rafraîchissante qu'idéale à la dégustation. Les brasseurs la conseillent en accompagnement de plats asiatiques et épicés, mais aussi de fromages affinés à pâte cuite (Comté 20-24 mois, vieux Morbier, vieux Gruyère suisse...). Karim et Maxime, brasseurs de la CTB, poursuivent sur leur lancée, et il faut espérer que cela continuera. Rendez-vous (peut-être) pour la prochaine création.

Lire aussi : 



mercredi 4 janvier 2017

Elixkir a encore frappé !

Nous y revoilà ! Retour, une fois de plus, à la Brasserie Elixkir ! Ben oui, que voulez-vous, je n'y puis rien ! C'est de leur faute, ils ont encore réussi dernièrement à nous pondre un produit plutôt merveilleux ! 

Il y a peu, effectivement, Guillaume et Amélia ont laissé vagabonder leur imagination encore un cran plus loin lors d'un seul et unique brassin, ou brassin éphémère. Qui a donc donné, en toute logique, une cuvée... éphémère. Il s'agit de la première expérience d'une (on l'espère) longue série qu'ils ont décidé d'appeler "La Part des Hommes". Sous cette appellation, ils comptent nous présenter régulièrement de nouveaux brassins éphémères vieillis en fûts. Et ici, la base de cette première création est l'Elixkir triple. Jusque là, rien que de très normal, me dira-t-on. Mais c'est à partir de là que cela devient très intéressant. Ce brassin de triple a été mûri durant trois mois dans une barrique qui, auparavant, avait contenu... du Bourbon. Eh oui, rien que ça !
La voici :
L'Elixkir Triple Bourbon, " La Part des Hommes #1"


Il s'agit ici d'une bière dont la base est la triple classique d'Elixkir, donc une bière puissante de fermentation haute, refermentée en bouteille (pour la gazéification surtout). Mais entre le brassage et la mise en bouteille, a bien évidemment eu lieu la maturation en fût de Bourbon, et c'est là bien évidemment que tout se joue. Titrant avant sa maturation 8.8 % de teneur en alcool, aux dires de Guillaume, elle sort de la maturation en fût titrant 10.1 %. Et là, ma question a été - et vous vous la poserez peut-être aussi - de savoir pourquoi, comment, le pourcentage d'alcool par volume augmente comme cela. C'est le cas pour d'autres bières vieillies en fût, telles la Trignac de chez Kasteel qui est - je crois - la Kasteel Triple titrant 11 % vieillie en fût de Cognac, et titrant 12 % à la sortie. Là encore, Guillaume a pu me fournir deux grandes explications : d'une part, le bois du fûts de Bourbon est encore en partie imbibé de l'alcool du Bourbon ; d'autre part lors du vieillissement en barrique, la bière perd une partie de son eau par évaporation, ce qui a pour effet immédiat de voir augmenter le pourcentage d'alcool dans le produit. Voilà pour la petite explication un peu pénible (vous ne croyiez pas que vous alliez y échapper ? Pas à chaque fois quand même...). Bref, elle titre 10.1 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière très forte qu'on boira, à mon humble avis, plutôt à température quasi ambiante, du côté des 15-16° C.

Au visuel, sa robe est blond foncé, trouble, traversée de reflets ambre claire ; la mousse, blanche et fine, est collante, mais en revanche assez peu persistante.

Au nez, les arômes son prononcés et persistants. Le caractère moelleux et fruité de la triple classique se mêle à des pointes alcoolisées et aux arômes vanillés et boisés caractéristiques du bourbon. De petites touches caramélisées s'invitent au milieu de tout ça, ce qui ne gâche rien.

En bouche, l'entrée est liquoreuse, voire "épaisse" (si on me passe l'expression), et peu effervescente. Elle débouche sur un corps puissant et chaleureux où dominent les notes vanillées et caramélisées déjà détectées au nez, avec de petites touches boisées. Le tout s'accompagne d'une belle chaleur alcoolisée. L'amertume, suffisamment prononcée pour passer au-delà de la présence forte d'alcool, tranche avec la puissance et les notes moelleuses du corps. Elle est cependant éphémère, laissant la place à une persistance chaleureuse aux notes agréables de bourbon.

Que dire pour conclure ? Deux mots pour commencer : bière merveilleuse ! Affirmation à relativiser, puisqu'il ne s'agit ici que de l'une de mes premières expériences de dégustation de bière mûrie en barrique. Mais Elixkir ayant déjà fait montre de son talent sur d'autres styles de bière, je pense ne pas me tromper en affirmant qu'ils ont une fois de plus réussi leur coup. La barrique de bourbon dans laquelle cette triple a maturé a magnifiquement joué son rôle. Les notes vanillées, boisées, caramélisées s'y sont parfaitement développées. Le tout, mêlé de chaleur alcoolisée, en a fait un breuvage merveilleusement chaleureux. Que de superlatifs, me direz-vous ! C'est bien signe que l'expérience fut marquante... Ce brassin éphémère, peut-être déjà épuisé, laissera la place à d'autres, mûris en barrique ayant contenu d'autres breuvages. A suivre avec intérêt si vous êtes amateur(-trice) de bière forte mûrie en barrique.

Petit rappel pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur Elixkir : https://www.brasserieelixkir.fr/

On peut retrouver les bières d'Elixkir, à Dijon chez Bières des Terroirs, rue Crebillon, quartier Zola-Monge à Dijon (http://www.bieresdesterroirs.fr/).
Ou encore, pour l'Elixkir IPA et l'Elixkir ambrée, à la crémerie La Grapillotte, 26 rue Monge à Dijon ou 5 rue des Grandes Varennes à Ahuy.
Et bien sûr à la brasserie même, 9C rue de l'Artisanat à Couternon (21560)
Et peut-être chez d'autres, qu'ils se dénoncent...

Lire aussi : 



mardi 20 décembre 2016

S... Than Ever Barley Wine Ale, un monstre en costume de velours

De son vrai nom Strongest Than Ever Barley Wine Ale, cette bière m'a été présentée récemment par Thomas Chabert, co-gérant de la SAS Shopdebières, grossiste en bières basé à Nuits-Saint-Georges pour les pros, associations et même particuliers (www.shopdebieres.fr). Mais pas n'importe quel grossiste : on n'y trouve que des "Craft Beers", c'est-à-dire des bières artisanales, rares, brassées en petites quantités, venues de partout en Europe, voire de plus loin lorsque cela est possible. 

Strongest Than Ever Barley Wine Ale, voilà un nom à rallonge qui rappelle le nom à rallonge de nombreuses bières artisanales américaines. Elle est brassée par la White Pony Microbrewery, un nom qui sonne bien Anglais ou Américain aussi, non ? Eh bien figurez-vous qu'il s'agit en fait d'une bière et d'une brasserie... italiennes. La White Pony Microbrewery est effectivement une brasserie artisanale toute jeune - elle a à peine 4 ans - basée à proximité de la ville de Padoue, au Nord-Est de l'Italie, non loin de Venise. Une brasserie qui se veut créatrice de bières parfois extrêmes, mais toujours respectueuses des traditions. Des brasseurs qui se veulent créateurs de bières du style qu'ils aiment boire, ou qui reflètent les moments de leur vie ou leurs émotions (www.whiteponymicrobrewery.com).

La Strongest Than Ever Barley Wine Ale est l'une de ces créations, qui a dû vouloir refléter des émotions fortes ou des moments forts, vu la puissance alcoolisée qu'elle dégage...  Voilà effectivement une bière de fermentation haute, refermentée en bouteille, titrant... 15.1 % de teneur en alcool ! D'où, en partie, son nom de "Barley Wine Ale", le Barley Wine étant un style de bière à part entière (plus de précisions sur le style dans l'un de mes précédents posts : La "Burgonde 10" : la Côte-d'Or fait aussi du vin d'orge), puissant de saveurs et d'alcool. Voilà la première fois que j'en rencontre un aussi puissant, et c'est un vrai plaisir.

La Strongest Than Ever Barley Wine Ale


Au visuel, c'est une robe brun acajou qui s'offre aux yeux, trouble aux légers reflets rubis. Elle est surmontée d'une mousse ivoire fine, légèrement collante, persistante en un léger voile.

Au nez, elle dégage des arômes prononcés et complexes. Fruits rouges macérés dans l'alcool, notes vineuses moelleuses accompagnées de touches chocolatées et caramélisées. Les vapeurs d'alcool sont bien présentes.

En bouche, l'entrée est peu effervescente, de texture liquoreuse, qui débouche sur un corps rond et moelleux, ample. Ce dernier mêle fruits rouges et noirs et tons vineux, ainsi que des notes de chocolat au spiritueux. Un corps qui reste cependant doux, dégageant une chaleur alcoolisée modérée pour une ale titrant plus de 15 % de teneur en alcool. Une légère pointe d'amertume grillée se fait jour en fin de bouche, le tout se concluant par une longue persistance de notes chocolatées alcoolisées.

Une bière qui mérite bien, selon moi, le qualificatif que je lui ai donné de "monstre en costume de velours". Elle peut effectivement s'avérer traîtresse car on sent bien les pointes alcoolisées, mais elles ne sont pas entêtantes. Si ce n'est son caractère liquoreux, on ne sent pas ces 15.1 % de teneur en alcool, si bien compensés qu'ils sont par une grande douceur. Elle accompagnera bien la cuisine épicée ou sucrée-salée, mais aussi des fromages forts comme des bleus ou un bon Epoisses, ou encore des desserts aux fruits confits, un panettone aux fruits confits par exemple. Une chose est certaine, on est en présence d'une bière de dégustation qui est particulièrement indiquée en cette période hivernale, le soir sous une bonne couette ou dans un fauteuil près du feu. Elle remplace très bien la bière d'hiver ou de Noël.

mardi 13 décembre 2016

La Gouden Carolus X-Mas, une explosion de réglisse !

Revenons un peu aux bières de Noël ! C'est qu'on s'approche tout doucement de la date fatidique... C'est une bière de Noël belge qui est à l'honneur aujourd'hui, produite à la brasserie Het Anker, située à Malines. Elle fait partie de la gamme nommée Gouden Carolus. La Brasserie est en activité depuis 1471, année où les Béguines de Malines obtinrent du Duc de Bourgogne Charles le Téméraire exonération et de taxes et de droits d'accises sur leur production. Elle prit le nom de Het Anker en 1872. Elle produisait de la Keizersbier en référence au grand amateur de bière qu'était Charles Quint, empereur parmi les plus puissant qu'a connus l'Europe dans son histoire, né et élevé à Malines. Ce n'est que dans les années 1960 que la gamme prit le nom de Gouden Carolus, en référence aux monnaies en or de Charles Quint.

En l'honneur de ce grand amateur de bières, la gamme Gouden Carolus est une réussite ! Notamment celle-ci : 

La Gouden Carolus X-Mas (ou Christmas)


Il s'agit d'une bière de Noël, de fermentation haute, refermentée en cuve avant d'être filtrée et embouteillée. Il y aurait trois houblons ainsi que six épices que la brasserie qualifie d' "exceptionnelles". Mais elles resteront certainement secrètes un moment puisque je n'ai pas de précision. En tout cas, elle titre 10.5 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière très forte, qu'on dégustera à environ 10-12° C pour ne rien louper de la richesse de son bouquet chaleureux.

Au visuel, elle se pare d'une belle robe brune et limpide aux reflets rubis. Elle se couvre d'un col de mousse ivoire abondante, aux fines bulles, collante et persistante.

Au nez, les arômes sont prononcés et moelleux, fruités sur les fruits noirs comme la mûre, mais aussi chocolatés (chocolat noir), avec de fortes notes de réglisse. Ou peut-être est-ce le tout combiné qui donne ces arômes de réglisse ? Mais c'est en tout cas très surprenant... Et agréable !

En bouche, l'entrée est douce, moyennement vive. S'ensuit un corps de texture liquoreuse moelleux très agréable, mêlant les fruits noirs et le chocolat noir. La réglisse fait son apparition de façon prononcée sur la fin de bouche, avant une légère touche d'amertume grillée. Persistance moyenne sur la réglisse et le grillé, accompagnée d'une chaleur du plus bel effet, qui monte doucement et la rend des plus sympathique.

Il s'agit là de l'un de mes coups de coeur de ces deux dernières années : je l'ai découverte il y a un an, mais je n'avais, à cette époque, ni le coeur ni le temps d'écrire dessus. Je me rattrape cette année. Pierre, le "Rigolo chauve" du Comptoir de Bières de Chenôve (21300), m'avait demandé il y a un an si j'aimais la réglisse : ce fut "oui" sans hésiter ! Il m'a reposé la même question cette année-ci, et la réponse a été la même il y a deux semaines. Dès l'année dernière, elle m'avait séduit par son caractère puissant, son corps moelleux où se mêlent certainement le malt, les épices et les houblons pour lui donner ces saveurs chocolatées et réglissées prononcées, sa belle chaleur. Rien n'a changé cette année. Une belle réussite ! Mais attention, comme le dit Pierre, il faut aimer la réglisse...

Une bière à retrouver
- au Comptoir des Bières 138 ter avenue Roland Carraz, 21300 Chenôve, www.comptoirdesbieres.net ; dites-leurs que vous venez de la part de "Secrets de Bières", ça leur fera zizir ! 
- chez bien d'autres encore, que je ne connais pas, qu'ils se dénoncent ! ;-)

Plus d'infos sur la brasserie Het Anker sur www.hetanker.be .

Avis aux amateurs et santé à tous !