dimanche 15 janvier 2017

La Dauphine, une robuste IPA

Descendons cette fois-ci en Isère, à Saint-Geoire-en-Valdaine, commune située au pied du Massif de La Chartreuse à une quarantaine de kilomètres au Nord de Grenoble. On rejoint la Brasserie Artisanale du Val-d'Ainan, une brasserie artisanale bien plus ancienne - du haut de ses seulement 10 ans - que la plupart des nouvelles brasseries qui nous entourent aujourd'hui, et semble être bien installée et développée. 

On peut notamment l'estimer en s'intéressant à sa gamme "La Dauphine". Celle-ci comprend une vingtaine de bières différentes, dont une dizaine de permanentes (classiques et spécialités), six saisonnières et trois à quatre "Cuvées du moment" (cuvées exceptionnelles brassées selon les envies du brasseur). Sans parler de l'eau-de-vie de bière (distillat de bières se rapprochant d'un whisky ou d'un Bourbon "mais plus doux", cf. site de la brasserie).

Il m'a été donné, au hasard d'un cadeau de Noël, de pouvoir goûter l'IPA de la gamme, style de bière à côté duquel peu d'artisans brasseurs qui se respectent se permettent de passer. Avec plus ou moins de succès... Et pour celle-ci, ce serait plutôt plus que moins ! 


Il s'agit ici d'une bière de fermentation haute, refermentée en bouteille. Elle est issue d'un mélange de malts pâle (le plus à même de transformer son amidon en sucres fermentescibles) et plus foncés pour le goût et la couleur. Elle est houblonnnée lors de l'ébullition, comme il est normal, mais aussi "dry hoppée", c'est à dire que du houblon est infusé dans la bière lors de la garde, procédé qui permettra au houblon concerné de développer à fond ses arômes (et non son amertume en revanche) dans la bière. Deux houblons sont utilisés : les américains Colombus (houblon amérisant par excellence, paraît-il, aux arômes d'agrume et légèrement boisés) et Centennial (houblon amérisant lui aussi, aux arômes fruités se rapprochant du pamplemousse). Autant dire qu'il faut s'attendre à une amertume costaude... Une bière qui titre 7% de teneur en alcool, ce qui en fait une bière semi-forte. A boire, à mon humble avis, aux environs de 6 à 7° C.

Au visuel, elle arbore fièrement une robe dorée trouble aux reflets tirant sur l'ambré, voire le cuivré. Elle est coiffée d'une tête de mousse blanche abondante, collant bien à la paroi du verre et longuement persistante. Avec ces éléments, on se dit que la dégustation débute plutôt bien...

Au nez, cette belle tête de mousse dégage des arômes prononcés de fruits exotiques (pourquoi pas de la mangue...) et d'agrumes. De légères pointes herbacées et résineuses peuvent également se faire sentir.

En bouche, l'entrée se révèle moyennement vive mais débouche sur un corps fruité puissant, entre fruits exotiques et agrumes amères. L'amertume envahit rapidement le palais. Comme prévu, elle se révèle puissante, tranchante, mêlant amertume de pamplemousse et petites notes résineuses qui ne gâchent rien. Une amertume puissante dont la sensation persiste très longuement en bouche une fois la gorgée avalée.

Si l'amertume vous fait grimacer, ne l'ouvrez même pas ! Si au contraire vous êtes amateur, La Dauphine IPA vous ravira. Une belle IPA, robuste, pleine de puissance fruitée et d'amertume qui ne peut pas laisser insensibles les connaisseurs et amateurs de ce style de bière. L'objectif des brasseurs, qui était d'exploiter la puissance amérisante des deux houblons américains, est atteint. Le bouquet fruité, marqué lui aussi s'équilibre donc plutôt bien avec la puissance de l'amertume. Une belle IPA. On peut tenter de la déguster avec du gibier, des viandes en sauce épicées, du poisson fumé, pourquoi pas un fromage de chèvre bien sec et, au dessert, une salade de fruits exotiques et/ou d'agrumes, ou tout simplement un bout de chocolat blanc.

Plus d'infos sur la brasserie : www.la-dauphine.fr

mardi 10 janvier 2017

Une American Pale Ale à Tours

Et c'est reparti pour un petit passage par la Compagnie Tourangelle de Bières, qui a récemment (novembre 2016) lancé une nouvelle représentante de sa gamme "Royale". Axée sur les types Anglo-Saxons et la finesse, cette gamme reste sur la même ligne avec, cette fois-ci, la mise en route de la "Royale American Pale Ale N°1".

"Qu'est-ce qu'une American Pale Ale ?", me demanderez-vous. Non ? Pas grave, on va quand même tenter de donner une explication plus ou moins claire. Promis, je ne serai pas trop long ! Il convient de se demander déjà ce qu'est une Pale Ale. Il s'agit d'un style anglais né à une époque où les ales anglaises (bières de fermentation haute anglaises faisant la part belle au malt) étaient ambrées ou sombres. L'idée était de brasser ce type de bière uniquement avec du malt pâle, donnant pour la première fois une bière bien plus claire (d'où son nom de "Pale Ale"). Titrant en général 5 à 6 % de teneur en alcool, ce type de bière est doux, rafraîchissant et savoureux, dégageant un bel équilibre entre le malt et ses notes de pain ou biscuitée (voire miellées) et le caractère plus fruité ou herbacé du houblon (selon le ou les houblon(s) utilisé(s) ). L'amertume y est aussi plus forte que dans les ales plus sombres. Eh bien, l'American Pale Ale est juste l'appropriation par les multiples artisans brasseurs américains de ce style, en y ajoutant leur touche. Une touche qui se caractérise, comme souvent outre-atlantique, par un houblonnage plus intense. Et on connaît les caractéristiques aromatiques et amérisantes prononcées des houblons américains (fruits exotiques, agrumes, fleurs, épices, résine...).

Voilà pour la petite explication pénible, on peut revenir à l'objet de ma petite bafouille. Un breuvage bel et bien français, mais se voulant une reprise du style "American Pale Ale". Voici donc : 

La Royale American Pale Ale N° 1


On a affaire ici à une bière artisanale, de fermentation haute et refermentée en bouteille. Elle est basée sur un mélange de malts Pilsen (malt de base, blond pâle, doux) et Munich 25 (malt un peu plus foncé, doré), accompagnés de froment. Au niveau du houblon, comme dit plus haut, on se concentre sur des houblons d'origine américaine : le cascade (variété aromatique d'Oregon, populaire auprès des brasseurs du monde entier, aux arômes de fleurs et d'épices), le Chinook (fruité aux fortes notes de pamplemousse, teneur en acides alpha relativement élevée, donc bien amérisant) et l'Amarillo (mélange d'arômes floraux et épicés, amertume marquée). Elle titre 5.6 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière légère, qu'on ne boira cependant pas trop fraîche, le bouquet agréable qu'elle dégage ne méritant pas cela... (plutôt 7-8° C.)

Au visuel, elle arbore une robe blond foncé, trouble aux reflets orangés. Elle est surmontée d'une tête de mousse blanche abondante, de texture crémeuse, collant bien à la paroi du verre (plutôt un beau gage de qualité) et bien persistante. 

Au nez, les arômes sont prononcés et persistants, qui mêlent des notes herbacées et fruitées d'agrumes. Le tout s'agrémente de touches résineuses sympathiques. Les brasseurs parlent aussi de notes de mangue : je ne les ai pas vraiment distinguées, mais mon expertise a ses limites... Cependant, vu les houblons utilisés, les arômes de mangue sont en tout cas plus que plausibles. 

En bouche, l'entrée modérément effervescente, fine, débouche sur un corps relativement puissant aux belles notes d'agrumes (pamplemousse, notes citronnées). L'amertume, marquée, mêle pamplemousse et notes résineuses. La persistance, longue, mêle agrumes et notes résineuses.

Une pale ale qui a bel et bien l'accent américain. Son bouquet plus que fruité et ses touches résineuses sont les caractéristiques on ne peut plus flagrantes de la présence de ces houblons si agréables. Sa texture fine, ses notes fruitées et son amertume agréable en font une bière aussi rafraîchissante qu'idéale à la dégustation. Les brasseurs la conseillent en accompagnement de plats asiatiques et épicés, mais aussi de fromages affinés à pâte cuite (Comté 20-24 mois, vieux Morbier, vieux Gruyère suisse...). Karim et Maxime, brasseurs de la CTB, poursuivent sur leur lancée, et il faut espérer que cela continuera. Rendez-vous (peut-être) pour la prochaine création.

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mercredi 4 janvier 2017

Elixkir a encore frappé !

Nous y revoilà ! Retour, une fois de plus, à la Brasserie Elixkir ! Ben oui, que voulez-vous, je n'y puis rien ! C'est de leur faute, ils ont encore réussi dernièrement à nous pondre un produit plutôt merveilleux ! 

Il y a peu, effectivement, Guillaume et Amélia ont laissé vagabonder leur imagination encore un cran plus loin lors d'un seul et unique brassin, ou brassin éphémère. Qui a donc donné, en toute logique, une cuvée... éphémère. Il s'agit de la première expérience d'une (on l'espère) longue série qu'ils ont décidé d'appeler "La Part des Hommes". Sous cette appellation, ils comptent nous présenter régulièrement de nouveaux brassins éphémères vieillis en fûts. Et ici, la base de cette première création est l'Elixkir triple. Jusque là, rien que de très normal, me dira-t-on. Mais c'est à partir de là que cela devient très intéressant. Ce brassin de triple a été mûri durant trois mois dans une barrique qui, auparavant, avait contenu... du Bourbon. Eh oui, rien que ça !
La voici :
L'Elixkir Triple Bourbon, " La Part des Hommes #1"


Il s'agit ici d'une bière dont la base est la triple classique d'Elixkir, donc une bière puissante de fermentation haute, refermentée en bouteille (pour la gazéification surtout). Mais entre le brassage et la mise en bouteille, a bien évidemment eu lieu la maturation en fût de Bourbon, et c'est là bien évidemment que tout se joue. Titrant avant sa maturation 8.8 % de teneur en alcool, aux dires de Guillaume, elle sort de la maturation en fût titrant 10.1 %. Et là, ma question a été - et vous vous la poserez peut-être aussi - de savoir pourquoi, comment, le pourcentage d'alcool par volume augmente comme cela. C'est le cas pour d'autres bières vieillies en fût, telles la Trignac de chez Kasteel qui est - je crois - la Kasteel Triple titrant 11 % vieillie en fût de Cognac, et titrant 12 % à la sortie. Là encore, Guillaume a pu me fournir deux grandes explications : d'une part, le bois du fûts de Bourbon est encore en partie imbibé de l'alcool du Bourbon ; d'autre part lors du vieillissement en barrique, la bière perd une partie de son eau par évaporation, ce qui a pour effet immédiat de voir augmenter le pourcentage d'alcool dans le produit. Voilà pour la petite explication un peu pénible (vous ne croyiez pas que vous alliez y échapper ? Pas à chaque fois quand même...). Bref, elle titre 10.1 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière très forte qu'on boira, à mon humble avis, plutôt à température quasi ambiante, du côté des 15-16° C.

Au visuel, sa robe est blond foncé, trouble, traversée de reflets ambre claire ; la mousse, blanche et fine, est collante, mais en revanche assez peu persistante.

Au nez, les arômes son prononcés et persistants. Le caractère moelleux et fruité de la triple classique se mêle à des pointes alcoolisées et aux arômes vanillés et boisés caractéristiques du bourbon. De petites touches caramélisées s'invitent au milieu de tout ça, ce qui ne gâche rien.

En bouche, l'entrée est liquoreuse, voire "épaisse" (si on me passe l'expression), et peu effervescente. Elle débouche sur un corps puissant et chaleureux où dominent les notes vanillées et caramélisées déjà détectées au nez, avec de petites touches boisées. Le tout s'accompagne d'une belle chaleur alcoolisée. L'amertume, suffisamment prononcée pour passer au-delà de la présence forte d'alcool, tranche avec la puissance et les notes moelleuses du corps. Elle est cependant éphémère, laissant la place à une persistance chaleureuse aux notes agréables de bourbon.

Que dire pour conclure ? Deux mots pour commencer : bière merveilleuse ! Affirmation à relativiser, puisqu'il ne s'agit ici que de l'une de mes premières expériences de dégustation de bière mûrie en barrique. Mais Elixkir ayant déjà fait montre de son talent sur d'autres styles de bière, je pense ne pas me tromper en affirmant qu'ils ont une fois de plus réussi leur coup. La barrique de bourbon dans laquelle cette triple a maturé a magnifiquement joué son rôle. Les notes vanillées, boisées, caramélisées s'y sont parfaitement développées. Le tout, mêlé de chaleur alcoolisée, en a fait un breuvage merveilleusement chaleureux. Que de superlatifs, me direz-vous ! C'est bien signe que l'expérience fut marquante... Ce brassin éphémère, peut-être déjà épuisé, laissera la place à d'autres, mûris en barrique ayant contenu d'autres breuvages. A suivre avec intérêt si vous êtes amateur(-trice) de bière forte mûrie en barrique.

Petit rappel pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur Elixkir : https://www.brasserieelixkir.fr/

On peut retrouver les bières d'Elixkir, à Dijon chez Bières des Terroirs, rue Crebillon, quartier Zola-Monge à Dijon (http://www.bieresdesterroirs.fr/).
Ou encore, pour l'Elixkir IPA et l'Elixkir ambrée, à la crémerie La Grapillotte, 26 rue Monge à Dijon ou 5 rue des Grandes Varennes à Ahuy.
Et bien sûr à la brasserie même, 9C rue de l'Artisanat à Couternon (21560)
Et peut-être chez d'autres, qu'ils se dénoncent...

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mardi 20 décembre 2016

S... Than Ever Barley Wine Ale, un monstre en costume de velours

De son vrai nom Strongest Than Ever Barley Wine Ale, cette bière m'a été présentée récemment par Thomas Chabert, co-gérant de la SAS Shopdebières, grossiste en bières basé à Nuits-Saint-Georges pour les pros, associations et même particuliers (www.shopdebieres.fr). Mais pas n'importe quel grossiste : on n'y trouve que des "Craft Beers", c'est-à-dire des bières artisanales, rares, brassées en petites quantités, venues de partout en Europe, voire de plus loin lorsque cela est possible. 

Strongest Than Ever Barley Wine Ale, voilà un nom à rallonge qui rappelle le nom à rallonge de nombreuses bières artisanales américaines. Elle est brassée par la White Pony Microbrewery, un nom qui sonne bien Anglais ou Américain aussi, non ? Eh bien figurez-vous qu'il s'agit en fait d'une bière et d'une brasserie... italiennes. La White Pony Microbrewery est effectivement une brasserie artisanale toute jeune - elle a à peine 4 ans - basée à proximité de la ville de Padoue, au Nord-Est de l'Italie, non loin de Venise. Une brasserie qui se veut créatrice de bières parfois extrêmes, mais toujours respectueuses des traditions. Des brasseurs qui se veulent créateurs de bières du style qu'ils aiment boire, ou qui reflètent les moments de leur vie ou leurs émotions (www.whiteponymicrobrewery.com).

La Strongest Than Ever Barley Wine Ale est l'une de ces créations, qui a dû vouloir refléter des émotions fortes ou des moments forts, vu la puissance alcoolisée qu'elle dégage...  Voilà effectivement une bière de fermentation haute, refermentée en bouteille, titrant... 15.1 % de teneur en alcool ! D'où, en partie, son nom de "Barley Wine Ale", le Barley Wine étant un style de bière à part entière (plus de précisions sur le style dans l'un de mes précédents posts : La "Burgonde 10" : la Côte-d'Or fait aussi du vin d'orge), puissant de saveurs et d'alcool. Voilà la première fois que j'en rencontre un aussi puissant, et c'est un vrai plaisir.

La Strongest Than Ever Barley Wine Ale


Au visuel, c'est une robe brun acajou qui s'offre aux yeux, trouble aux légers reflets rubis. Elle est surmontée d'une mousse ivoire fine, légèrement collante, persistante en un léger voile.

Au nez, elle dégage des arômes prononcés et complexes. Fruits rouges macérés dans l'alcool, notes vineuses moelleuses accompagnées de touches chocolatées et caramélisées. Les vapeurs d'alcool sont bien présentes.

En bouche, l'entrée est peu effervescente, de texture liquoreuse, qui débouche sur un corps rond et moelleux, ample. Ce dernier mêle fruits rouges et noirs et tons vineux, ainsi que des notes de chocolat au spiritueux. Un corps qui reste cependant doux, dégageant une chaleur alcoolisée modérée pour une ale titrant plus de 15 % de teneur en alcool. Une légère pointe d'amertume grillée se fait jour en fin de bouche, le tout se concluant par une longue persistance de notes chocolatées alcoolisées.

Une bière qui mérite bien, selon moi, le qualificatif que je lui ai donné de "monstre en costume de velours". Elle peut effectivement s'avérer traîtresse car on sent bien les pointes alcoolisées, mais elles ne sont pas entêtantes. Si ce n'est son caractère liquoreux, on ne sent pas ces 15.1 % de teneur en alcool, si bien compensés qu'ils sont par une grande douceur. Elle accompagnera bien la cuisine épicée ou sucrée-salée, mais aussi des fromages forts comme des bleus ou un bon Epoisses, ou encore des desserts aux fruits confits, un panettone aux fruits confits par exemple. Une chose est certaine, on est en présence d'une bière de dégustation qui est particulièrement indiquée en cette période hivernale, le soir sous une bonne couette ou dans un fauteuil près du feu. Elle remplace très bien la bière d'hiver ou de Noël.

mardi 13 décembre 2016

La Gouden Carolus X-Mas, une explosion de réglisse !

Revenons un peu aux bières de Noël ! C'est qu'on s'approche tout doucement de la date fatidique... C'est une bière de Noël belge qui est à l'honneur aujourd'hui, produite à la brasserie Het Anker, située à Malines. Elle fait partie de la gamme nommée Gouden Carolus. La Brasserie est en activité depuis 1471, année où les Béguines de Malines obtinrent du Duc de Bourgogne Charles le Téméraire exonération et de taxes et de droits d'accises sur leur production. Elle prit le nom de Het Anker en 1872. Elle produisait de la Keizersbier en référence au grand amateur de bière qu'était Charles Quint, empereur parmi les plus puissant qu'a connus l'Europe dans son histoire, né et élevé à Malines. Ce n'est que dans les années 1960 que la gamme prit le nom de Gouden Carolus, en référence aux monnaies en or de Charles Quint.

En l'honneur de ce grand amateur de bières, la gamme Gouden Carolus est une réussite ! Notamment celle-ci : 

La Gouden Carolus X-Mas (ou Christmas)


Il s'agit d'une bière de Noël, de fermentation haute, refermentée en cuve avant d'être filtrée et embouteillée. Il y aurait trois houblons ainsi que six épices que la brasserie qualifie d' "exceptionnelles". Mais elles resteront certainement secrètes un moment puisque je n'ai pas de précision. En tout cas, elle titre 10.5 % de teneur en alcool, ce qui en fait une bière très forte, qu'on dégustera à environ 10-12° C pour ne rien louper de la richesse de son bouquet chaleureux.

Au visuel, elle se pare d'une belle robe brune et limpide aux reflets rubis. Elle se couvre d'un col de mousse ivoire abondante, aux fines bulles, collante et persistante.

Au nez, les arômes sont prononcés et moelleux, fruités sur les fruits noirs comme la mûre, mais aussi chocolatés (chocolat noir), avec de fortes notes de réglisse. Ou peut-être est-ce le tout combiné qui donne ces arômes de réglisse ? Mais c'est en tout cas très surprenant... Et agréable !

En bouche, l'entrée est douce, moyennement vive. S'ensuit un corps de texture liquoreuse moelleux très agréable, mêlant les fruits noirs et le chocolat noir. La réglisse fait son apparition de façon prononcée sur la fin de bouche, avant une légère touche d'amertume grillée. Persistance moyenne sur la réglisse et le grillé, accompagnée d'une chaleur du plus bel effet, qui monte doucement et la rend des plus sympathique.

Il s'agit là de l'un de mes coups de coeur de ces deux dernières années : je l'ai découverte il y a un an, mais je n'avais, à cette époque, ni le coeur ni le temps d'écrire dessus. Je me rattrape cette année. Pierre, le "Rigolo chauve" du Comptoir de Bières de Chenôve (21300), m'avait demandé il y a un an si j'aimais la réglisse : ce fut "oui" sans hésiter ! Il m'a reposé la même question cette année-ci, et la réponse a été la même il y a deux semaines. Dès l'année dernière, elle m'avait séduit par son caractère puissant, son corps moelleux où se mêlent certainement le malt, les épices et les houblons pour lui donner ces saveurs chocolatées et réglissées prononcées, sa belle chaleur. Rien n'a changé cette année. Une belle réussite ! Mais attention, comme le dit Pierre, il faut aimer la réglisse...

Une bière à retrouver
- au Comptoir des Bières 138 ter avenue Roland Carraz, 21300 Chenôve, www.comptoirdesbieres.net ; dites-leurs que vous venez de la part de "Secrets de Bières", ça leur fera zizir ! 
- chez bien d'autres encore, que je ne connais pas, qu'ils se dénoncent ! ;-)

Plus d'infos sur la brasserie Het Anker sur www.hetanker.be .

Avis aux amateurs et santé à tous ! 

jeudi 8 décembre 2016

La Chargeoise de Noël, entre douceur et chaleur

Il y avait longtemps que l'on n'y était pas allé, alors en route pour Chargey-lès-Gray, en Haute-Saône (70) à proximité de Gray, et sa brasserie locale haute en couleurs : la Brasserie de La Rente Rouge et son brasseur Mathieu Bernard.

Et cette fois, c'est pour sa bière de Noël. S'il aime explorer des styles exotiques comme les IPA et autres bières bien fruitées, Mathieu peut aussi verser dans la tradition, ainsi celle des bières de Noël. Il fait de la bière de Noël depuis 2010, mais je ne l'ai rencontré qu'il y a deux ans, je n'ai goûté sa bière de Noël qu'il y a un an. L'étape suivante, un an après, ne pouvait être que de lui consacrer enfin une bafouille de blog. Eh oui, chez "Secrets de Bières", les idées mettent parfois le temps à faire leur chemin...

Voici donc : 

La Chargeoise de Noël


Cette bière, Mathieu la veut collée à l'esprit "bière belge de Noël", où le malt et les épices sont prépondérants, pour donner des saveurs corsées et chaleureuses aux bières brassées. Il utilise forcément du malt pâle pour les sucres fermentescibles, mais aussi des malts plus foncés, qui donneront sa couleur sombre à sa bière, ainsi que des saveurs assez fortes. Et donc, des épices, mais sans plus de précision. Il va falloir les trouver... Au reste, c'est une bière de fermentation haute, refermentée en bouteille. Elle titre 6.8 % de teneur en alcool, ce qui en fait une  bière semi-forte, moins forte que la plupart des bières belges de Noël, qui montent en général à 8-9 %, voire plus. A consommer, à mon humble avis, à 9-10° C.

Au visuel, elle dévoile une robe rousse aux reflets cuivrés, avec un léger trouble. Sa mousse, couleur ivoire, vive et à grosses bulles, peu collante, disparaît (trop ?) rapidement après le service.

Au nez, les arômes sont bien perceptibles malgré cette mousse qui disparaît rapidement, sans être trop prononcés. Doux et chaleureux, ils mêlent des notes épicées évidentes de cannelle, de gingembre (sous réserve, à vous de voir...), ainsi que des notes moelleuses de caramel. Au milieu de tout ça, des tons grillés ne manquent pas de se rappeler à notre bon souvenir, ce qui n'est pas désagréable.

En bouche, l'entrée est finement effervescente, laissant rapidement la place à un corps où le malt tient une place prépondérante, laissant s'échapper des saveurs caramélisées moelleuses, relevées de saveurs grillées prononcées. Se mêlent à tout cela des notes épicées agréables, qui amènent un côté chaleureux non moins agréable, couvrant une amertume très légère aux notes de grillé, voire de brûlé. La persistance, sur la chaleur et les épices, s'avère moyennement longue.

Voilà une bière de Noël agréable, où l'équilibre entre la douceur et le côté chaleureux des épices a été plutôt bien trouvé. Les tons très grillés amènent un petit quelque chose en plus qu'on ne trouve pas dans toutes les bières de Noël. Elle confirme en tout cas que, comme bière de saison froide, mieux vaut ne pas la boire trop fraîche, on n'y gagnerait rien. Mathieu la conseille avec du fromage à pâte pressée cuite comme du Comté : pourquoi pas du vieux, ou encore du vieux gruyère suisse. On peut l'essayer aussi avec un bon vieux pain d'épices, ou tout simplement - pourquoi faire compliqué ? - une crème caramel, une crème brûlée... Bref, avis aux amateurs et santé à tous !

Découvrez-en un peu plus sur la brasserie sur son site www.larenterouge-brasserie.fr

On peut retrouver la Chargeoise de Noël
- à la crèmerie-épicerie fine "La Grapillotte", 26 rue Monge au centre-ville de Dijon (21000) ou 5 rue des Grandes Varennes, ZAC d'Ahuy (21121) ; 03 80 30 36 91 (rue Monge) ou 03 80 55 69 60 (Ahuy).
- à la Cave "Bières des Terroirs", 28 rue Crébillon au centre-ville de Dijon (quartier Zola-Monge), www.bieresdesterroirs.fr, 03 71 19 90 97 ; 
- et sans doutes dans d'autres boutiques, mais je ne les connais pas, qu'elles se dénoncent ! 

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mardi 6 décembre 2016

Retour à... Tours pour une IPA "Royale"

Nouveau petit détour, sur les bords de la Loire, par la Compagnie Tourangelle de Bière (CTB) et sa gamme "Royale". 

Une première bafouille, "La Compagnie Tourangelle de Bière, une ambition... Royale ?" (29 novembre 2016), avait présenté la brasserie, ses objectifs (à retrouver sur le site www.biere-artisanale-ctb.fr), mais seulement une seule des bières de la gamme : la Royale Pale Ale. Ben oui, faut pas déconner, il y avait déjà bien assez à lire comme ça ! 

Alors réparons le manque, puisque cela est possible ! Nicolas Seyve, brasseur beaunois de la microbrasserie Belenium, m'avait offert la possibilité de goûter les deux premières bières de la CTB. Alors ne laissons pas la Royale Pale Ale toute seule, ajoutons-y : 

La Royale India Pale Ale Session #1


La Royale IPA (pour un petit historique du style IPA, voir mon post "L'Elixkir IPA, quand la mode a du bon"), bière issue du brassage de quatre types de malt : du malt "Pale", qu'on qualifiera de malt "de base", à peine plus coloré que le malt pâle du type Pils, destiné à donner déjà un bon début de corps savoureux à la bière ; du malt Caramunich, malt caramélisé foncé, touraillé à haute température (220° C), destiné à donner une couleur ambrée foncée ou cuivrée et à développer des notes biscuitées à caramélisées ; du malt Munich 15, malt pâle pouvant aussi servir de "base", destiné à donner à la bière des notes légèrement caramélisées, miellées, ou panifiées ; du malt Munich 25, dont les caractéristiques sont similaires à celles du malt Munich 15, mais plus accentuées. L'assaisonnement du moût se fait avec cinq types de houblon : l'Amarillo, floral et épicé, d'amertume prononcée ; le Cascade, plus aromatique qu'amer, floral et épicé lui aussi ; le Colombus, aromatique sur les agrumes et les épices, et amérisant ; le Citra, aromatique donnant des notes tropicales à la bière (agrumes), souvent utilisé pour le brassage d'IPA ; le Simcoe, aromatique et amérisant, aux notes de fruits de la passion, d'abricot et résineuses. Après tout ça, je ne vous raconte pas la complexité de la bière... Bref, au-delà de ça , il s'agit d'une bière de fermentation haute, refermentée en bouteille, titrant 5.6 % de teneur en alcool, qu'on peut consommer (je pense...) au tour de 6-7° C afin de profiter des arômes et de sa fraîcheur en sus.

Au visuel, on distingue une robe cuivrée intense aux reflets rougeâtres, trouble. Le col de mousse est abondant, de couleur ivoire et de consistance plutôt crémeuse, laisse une belle dentelle collante sur la paroi du verre, longuement persistant.

Au nez, ce sont des arômes prononcés qui se dégagent de ce beau col de mousse. On distingue au premier chef des fruits exotiques tels que les fruits de la passion et les agrumes, accompagnés de notes fleuries. En cherchant plus profondément, on peut distinguer des touches caramélisées, équilibrées de tons résineux.

En bouche, l'entrée est vive et sèche. Le corps est puissant mêlant notes de fruits exotiques et fleuries prononcées. L'orange et le pamplemousse ne sont pas en reste. Les tons caramélisés sont présents, bien que très discrets sous cette explosion fruitée. Des notes épicées et résineuses se font jour ensuite, aboutissant à une amertume résineuse et herbacée marquée et persistante.

On sent, avec cette bière - d'un type relativement difficile à brasser -, qu'on n'a pas affaire à des "lapins de trois semaines du brassage" (pardon pour l'expression, mais je l'aime bien...). Il y a du travail derrière tout ça, de la recherche et des expériences. On ne fait pas une bière dont les saveurs sont à ce point explosives sur un coup de tête. Une belle puissance, de la complexité, une amertume qui vient rapidement et qui persiste mais qui laisse tout de même la place aux notes fruitées pour s'exprimer. Encore une découverte sympathique, quoi... Les brasseurs, Maxime et Karim, la conseillent avec des plats épicés asiatiques, indiens ; mais aussi avec du sucré-salé tel que des endives caramélisées, des viandes rouges ; et des desserts au citron, comme la tarte au citron meringué. De façon plus générale, on peut essayer de l'accompagner de gibier bien relevé, des poissons et viandes fumés, du chocolat blanc ou des desserts aux agrumes.

Un petit clin d'oeil à Nicolas Seyve, de Belenium chez qui cette Royale IPA a été brassée, qui a tenu à souligner que, même chez Belenium, on sait brasser de l'IPA. Personnellement, je le savais déjà, mais je peux l'officialiser maintenant... ;-)

Compagnie Tourangelle de Bière, Tours (37), www.biere-artisanale-ctb.fr 

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